Imaginez la scène : un proche vient de décéder. Il avait accumulé des centaines de jeux sur Steam — des années d'achats, parfois des milliers d'euros investis. Vous tentez de récupérer l'accès à ce compte, ou de fusionner sa bibliothèque avec la vôtre. La réponse de Valve est sans appel : impossible. Ni la fusion, ni le transfert de propriété ne sont autorisés. Pas même après un décès.

Ce cas n'est pas anecdotique. Avec des bibliothèques Steam pouvant valoir plusieurs milliers d'euros, la question de la succession des jeux vidéo numériques est devenue un vrai sujet d'héritage numérique — et peu de gens anticipent la réponse.

Ce que disent vraiment les CGU de Steam

Les Conditions Générales d'Utilisation de Steam sont explicites sur ce point. Elles interdisent expressément de partager, vendre ou transférer votre compte ou vos jeux à un tiers. Cette règle s'applique sans exception :

"Vous n'êtes pas autorisé à dévoiler, partager ou permettre à des tiers d'utiliser votre mot de passe ou votre Compte sauf autorisation expresse de Valve."

En d'autres termes, même donner accès à votre bibliothèque à un membre de votre famille est techniquement une violation des conditions d'utilisation. Et cette interdiction ne disparaît pas à votre décès — elle s'applique a fortiori, puisque personne ne peut alors "autoriser" quoi que ce soit à votre place.

Valve ne propose pas de procédure successorale. Contrairement à certaines plateformes (Google avec son gestionnaire de compte inactif ou Apple avec son programme Legacy Contact), Steam n'a pas prévu de mécanisme officiel pour transmettre un compte à un héritier. C'est un problème que l'on retrouve d'ailleurs sur l'ensemble des comptes en ligne — Steam est simplement l'un des cas les plus frappants en termes de valeur financière.

La vraie raison : vous n'avez jamais possédé vos jeux

Derrière cette politique se cache une réalité juridique que peu d'acheteurs mesurent au moment de passer en caisse : quand vous achetez un jeu sur Steam, vous n'achetez pas un jeu. Vous achetez une licence pour l'utiliser.

Cette distinction est fondamentale. Un bien physique — un livre, un disque vinyle, une cartouche de jeu rétro — vous appartient. Vous pouvez le prêter, le vendre d'occasion, le léguer par testament. Une licence numérique, elle, est strictement personnelle. Elle est nominative, attachée à votre compte, et peut être révoquée par l'éditeur ou la plateforme pour diverses raisons.

Sur le plan juridique, vous ne pouvez pas léguer ce que vous ne possédez pas. Les jeux Steam font partie de ces actifs numériques qui ressemblent à une propriété mais n'en sont juridiquement pas une. Cette règle vaut de votre vivant — et encore plus après votre décès.

Qu'en est-il en droit français et européen ?

La situation est peu favorable aux héritiers. En France, le droit successoral permet de transmettre des biens — pas des droits d'usage contractuellement incessibles. Or c'est exactement ce que sont vos licences Steam : des droits d'usage personnels et incessibles selon les CGU.

Aucune décision de justice française ou européenne n'a, à ce jour, contraint Steam à transmettre un compte à des héritiers. Des tentatives ont eu lieu aux États-Unis, sans succès notable. La tendance de fond du droit européen (notamment via le RGPD et la jurisprudence sur les biens numériques) évolue lentement, mais pas assez vite pour résoudre ce problème dans l'immédiat.

Pour en savoir plus sur le cadre légal général, consultez notre article Loi numérique et succession en France.

Que pouvez-vous faire concrètement ?

La situation semble bloquée — mais il existe quelques pistes, avec leurs limites respectives.

Activer le partage familial Steam. La fonctionnalité Family Sharing permet de partager votre bibliothèque avec jusqu'à cinq proches. C'est la solution officielle à mettre en place de votre vivant, avant tout incident. Elle ne résout pas le problème post-mortem (le partage est lié à votre compte actif), mais garantit un accès à votre bibliothèque tant que le compte n'est pas clôturé.

Préparer la transmission de vos identifiants. C'est ici que la préparation fait toute la différence. Transmettre votre login, votre mot de passe Steam, et vos codes de sauvegarde de l'authentification à deux facteurs à un proche de confiance est techniquement interdit par les CGU — mais c'est aussi la seule façon réaliste de leur donner une chance d'accéder à votre compte après votre décès.

Le risque concret : Valve peut détecter une connexion depuis un appareil ou une localisation inhabituelle et bloquer l'accès. C'est pourquoi la façon dont vous transmettez ces informations est aussi importante que le fait de les transmettre. Un post-it, un fichier non protégé, ou un message en clair sont des vecteurs fragiles et peu sécurisés. Il faut choisir la bonne personne — consultez notre guide sur comment choisir son destinataire de confiance — et la bonne méthode.

Utiliser EchoPass pour planifier cette transmission. EchoPass est conçu exactement pour ce cas de figure. Vous rédigez un message chiffré contenant vos identifiants Steam (login, mot de passe, codes de récupération 2FA), vous désignez le destinataire, et EchoPass se charge de l'envoyer automatiquement à votre proche si vous cessez de donner signe de vie. Personne ne peut lire ce message avant le déclenchement — ni votre proche, ni EchoPass. Et vous pouvez mettre à jour vos identifiants à tout moment si vous changez votre mot de passe.

C'est la différence entre laisser une enveloppe dans un tiroir que personne ne trouvera, et avoir un système fiable qui agit au bon moment.

Accepter la perte et l'anticiper. Pour les achats futurs, certains joueurs privilégient désormais les versions physiques (boîtes, cartouches) précisément parce qu'elles sont transmissibles. C'est un choix de plus en plus conscient face au modèle des licences numériques.

Le cas Steam, symptôme d'un problème plus large

Steam n'est pas un cas isolé. La même logique s'applique à la quasi-totalité des plateformes de contenu numérique : PlayStation Store, Xbox/Microsoft Store, Nintendo eShop, Epic Games Store, mais aussi vos films sur Prime Video ou Apple TV+, vos livres Kindle, ou encore vos abonnements numériques. Tout cela repose sur des licences personnelles, pas sur une propriété transmissible.

Le problème dépasse même le gaming : vos comptes sur les réseaux sociaux, vos photos stockées dans le cloud, vos playlists Spotify constituent autant d'actifs auxquels vos proches se retrouvent potentiellement coupés. La valeur cumulée de toutes ces licences peut représenter des milliers d'euros dans un foyer.

C'est pourquoi l'inventaire de vos actifs numériques doit distinguer clairement ce qui est transmissible (un accès bancaire, un compte email, un nom de domaine) de ce qui ne l'est pas (vos jeux Steam, vos films achetés en ligne) — pour que vos proches comprennent la situation sans surprise douloureuse.

Préparez ce qui peut l'être, maintenant

Votre bibliothèque Steam ne survivra probablement pas à votre décès. Mais tout le reste peut être préparé : vos mots de passe importants, l'accès à vos comptes essentiels, vos documents, et vos messages personnels.

La bonne approche ? Suivre une checklist de succession numérique pour ne rien oublier, et utiliser un outil dédié pour sécuriser la transmission. EchoPass vous permet de stocker vos mots de passe et identifiants de façon chiffrée, de désigner vos proches comme destinataires, et de programmer l'envoi automatique si vous cessez de répondre à vos check-ins — que ce soit après un accident, une incapacité ou un décès.

Y compris vos identifiants Steam, si vous souhaitez donner à votre proche une chance d'accéder à votre bibliothèque.

Vos jeux ne traverseront peut-être pas le temps. Mais vos mots, eux, le peuvent.